À la croisée de sujets majeurs comme la mobilité douce, la croissance économique et l’aménagement urbain, le rôle des collectivités dans la filière vélo est prépondérant. Cet article propose un état des lieux de l’influence de ces entités territoriales sur le développement des emplois dans le vélo.
Plan vélo et marche : son impact sur la politique cyclable des collectivités
Profondément liée à la question des enjeux écologiques et climatiques, la filière vélo continue son essor année après année. Les collectivités locales et territoriales, plus impliquées que jamais, jouent un rôle crucial dans ce développement économique. Une stratégie aujourd’hui largement boostée par le Plan vélo et marche 2023-2027.
Plan vélo et marche 2023-2027 : qu’est-ce que c’est, concrètement ?
Prenant la suite du Plan vélo et mobilités actives de 2018, le Plan vélo et marche 2023-2027 a été lancé en septembre 2022 par Élisabeth Borne, l’ancienne Première ministre. Il consiste à maximiser les efforts pour encourager les Français à se tourner vers le vélo dans leurs déplacements quotidiens. Concrètement, l’objectif de ce plan se poursuit par trois angles d’attaque :
- faire du vélo un moyen de transport accessible à toutes et à tous dès le plus jeune âge ;
- rendre la pratique du vélo plus attractive que la voiture individuelle pour les déplacements de proximité ;
- transformer le vélo en un véritable levier pour l’économie, en accompagnant les acteurs de la filière française.
À la fin de l’année 2022, 57 000 km d’aménagements cyclables sécurisés étaient sortis de terre en France. D’ici 2030, le territoire espère compter 100 000 km de pistes cyclables et de voies vertes.
L’impact du Plan vélo et marche sur les collectivités
Pour les collectivités, la mise en place du Plan vélo et marche constitue la promesse d’un accès facilité aux financements et aux subventions. Ces aides permettent de développer, sur plusieurs fronts, une véritable culture du vélo à l’échelle locale, en :
- aménageant de nouvelles pistes cyclables ou en les sécurisant ;
- installant des parkings à vélos ;
- développant des services de location de vélos ;
- facilitant l’apprentissage du vélo aux plus jeunes ;
- organisant des campagnes de sensibilisation à la mobilité douce et à l’usage du vélo.
Toutes ces initiatives ont un impact direct sur la filière du vélo, que ce soit dans les grandes agglomérations ou dans les zones rurales. Le développement de la mobilité douce crée de nombreux besoins dans la mécanique du cycle, dans la vente de vélos et de VAE ou encore dans les services de location. Au-delà de la filière du vélo, la réduction des transports polluants dans les centres urbains favorise l’afflux de visiteurs et de touristes, ce qui constitue un atout majeur pour la redynamisation de certaines zones auparavant délaissées.

Plan vélo et marche : son impact sur la politique cyclable des collectivités
L’impact du Plan vélo et marche sur le cyclotourisme
Si le Plan vélo et marche a pour objectif de convaincre les Français d’utiliser le vélo dans leurs déplacements quotidiens, le tourisme n’est pas pour autant mis de côté. En obtenant les ressources pour développer et sécuriser les réseaux cyclables, les villes ont aussi l’opportunité de développer le cyclotourisme.
Grâce aux collectivités locales, certaines régions ont vu le secteur du cyclotourisme exploser, créant ainsi de nombreux emplois. En Normandie, une étude récente parle de retombées économiques de l’ordre de 45,3 millions d’euros par an !
Création d’emplois directs par les collectivités
Si les collectivités locales participent indirectement à la création et à la pérennisation des emplois, elles créent aussi des postes dans la filière du vélo de manière plus concrète. L’exemple du métier de chargé de mission mobilité/vélo est, sans aucun doute, le plus parlant !
Le métier de chargé de mission mobilité/vélo
Le chargé de mission mobilité/vélo a pour objectif de promouvoir l’utilisation du cycle comme moyen de transport au quotidien. Sa mission peut prendre de nombreuses formes, mais son rôle est toujours polyvalent. Il peut être amené à :
- mettre en place des actions de sensibilisation aux déplacements à vélo et à la mobilité douce ;
- participer à la conception des itinéraires cyclables ;
- gérer le budget alloué à la mission ;
- interagir avec les différents interlocuteurs et partenaires.
Le chargé de mission mobilité/vélo joue un rôle décisif dans la mise en œuvre des politiques cyclables d’une agglomération. Outre de nombreuses compétences générales en organisation et communication, il doit avoir une excellente connaissance du fonctionnement des collectivités territoriales, car ce sont généralement elles qui les emploient.
Le formateurs ou moniteur vélo
Si le métier de chargé de mission vélo/mobilité est le plus évocateur, les collectivités créent directement d’autres emplois dans la filière vélo. Dans le cadre de la sensibilisation à la mobilité douce, les agglomérations ont besoin de formateurs vélo ou d’animateurs. Ces derniers interviennent dans les écoles, les associations ou encore auprès de la municipalité pour sensibiliser les plus jeunes au plaisir du vélo. Ils assurent également l’assimilation des règles de sécurité, pour former des futurs cyclistes prudents et respectueux du code de la route. Dans la continuité du travail des chargés de mission vélo, les moniteurs s’attachent à ancrer la culture du vélo dans les habitudes des enfants, pour en faire des citoyens responsables et écoresponsables.

Un moniteur expliquant le freinage – © Florian CORSI, Moniteurs Cyclistes Français
L’urbaniste spécialisé dans la mobilité douce
Les ressources financières octroyées pour créer des pistes cyclables sont, en partie, utilisées pour recruter des urbanistes spécialisés dans la mobilité douce. Ce sont eux qui analysent les besoins de déplacements des habitants d’une agglomération et qui conçoivent les voies cyclables en conséquence. Ces aménagements doivent être créés de manière optimale et sécurisée, afin qu’ils s’intègrent parfaitement aux caractéristiques du paysage urbain.
Le community manager dans la filière vélo
Aujourd’hui, l’information circule principalement grâce aux réseaux sociaux. Ainsi, en plus des chargés de mission mobilité et vélo, les collectivités locales et territoriales doivent miser sur ces canaux de communication pour sensibiliser la population. Pour ce faire, elles engagent des community managers spécialisés dans la filière vélo. Ce sont eux qui, forts de leurs connaissances en communication, créent des campagnes publicitaires digitales pour promouvoir les déplacements à vélo.
Strasbourg : comment les collectivités en ont fait la ville la plus cyclable de France
En France, la ville de Strasbourg est le meilleur exemple de conversion réussie à la mobilité durable. En 2025, d’après les chiffres du Baromètre cyclable 2025, la fréquentation cyclable dans l’agglomération avait augmenté de 20 % par rapport à 2020. Un résultat positif qui s’explique par l’implication des collectivités locales dans le développement des déplacements verts.
L’Eurométropole de Strasbourg : un plan à plusieurs leviers
En déployant 600 km de pistes cyclables, les acteurs publics ont fait de Strasbourg une agglomération où le vélo est roi ! Première ville cyclable de France et quatrième à l’échelle européenne, Strasbourg est un véritable exemple à suivre. Mais les collectivités n’ont pas limité leur action aux itinéraires cyclables. Un service de vélos partagés, Velhop, met à disposition des milliers de vélos, créant ainsi des postes dans la maintenance, l’entretien et la réparation de la flotte.

L’Eurométropole de Strasbourg : un plan à plusieurs leviers
La Vélostras, un réseau cyclable express
Dotée d’un budget d’environ 100 millions d’euros pour le développement d’infrastructures cyclables dans le cadre du Plan vélo 2022-2026, la ville de Strasbourg est aussi en train de développer un réseau d’autoroutes cyclables. Il s’agit de voies express, plus larges et très sécurisées, qui permettent aux habitants de rallier rapidement les villes périphériques depuis Strasbourg. Sur les différents itinéraires cyclables, des services spécifiques sont mis en place comme des points d’information, de ravitaillement en eau ou encore de réparation pour les deux-roues. Cette initiative, là encore, permet de booster l’économie locale et de stimuler le marché de l’emploi dans le secteur du vélo.
Challenge Au boulot à vélo
Le challenge Au boulot à vélo, événement festif annuel destiné à promouvoir les déplacements cyclistes dans le cadre professionnel, est une initiative aux fortes retombées positives. Soutenue par la collectivité, cette compétition d’un mois entre les entreprises encourage les participants à cumuler le plus de kilomètres à vélo pour remporter le trophée. Un rendez-vous qui a rassemblé 15 100 participants dans 810 entreprises en 2025 ! Si l’impact direct sur l’emploi est limité, ce genre de projet participe à ancrer la culture du vélo dans les habitudes des citoyens. À long terme, cette tradition festive favorise la création d’emplois dans le secteur du vélo et la pérennité des entreprises existantes.
Pour l’industrie du vélo, les collectivités sont donc d’une importance capitale. Lorsqu’elles n’emploient pas directement, elles participent à la dynamique positive de la mobilité douce. Avec la crise sanitaire et la prise de conscience écologique, elles font partie des raisons de l’impressionnant boom qu’a connu le secteur ces dernières années. En allouant davantage de budget au développement des infrastructures cyclables, aux campagnes de sensibilisation et à l’accessibilité au vélo pour tous, les collectivités devraient continuer à faire progresser l’emploi dans le secteur !

Challenge Au boulot à vélo



















