Le segment des kits permettant de transformer un vélo classique en vélo à assistance électrique traverse une passe particulièrement difficile. En l’espace de quelques semaines, deux jeunes entreprises françaises du secteur ont mis la clé sous la porte, révélant les fragilités structurelles d’un marché de niche encore mal identifié par les consommateurs.
VEBO, liquidée après une première série tout juste livrée
Le tribunal de commerce de Lille-Métropole a prononcé la liquidation judiciaire de VEBO le 20 juillet 2026, avec une cessation des paiements fixée rétroactivement au 31 mai. La jeune entreprise, qui avait transféré son siège à Roubaix en octobre 2025 tout en conservant un établissement à Nantes, proposait un concept original : un boîtier amovible de 2,8 kg intégrant moteur, batterie (250 Wh) et électronique, qui se clipsait en une seconde sur la fourche avant d’un vélo classique pour le transformer en VAE, avec une autonomie annoncée de 30 à 40 km.
L’entreprise avait pourtant réussi à lever 600 000 € en octobre 2025, après un premier financement de 360 000 €, pour industrialiser sa production. Près de 400 kits avaient été livrés fin 2025, avec un assemblage réalisé à Roubaix et une électronique fabriquée en France. Mais la traction commerciale n’a pas suivi assez vite : selon son cofondateur, le principal défi a été de transformer l’intérêt suscité par le produit en volumes de vente suffisants sur un marché avant tout européen, alors que le modèle économique — stock à financer 5 à 6 mois avant une saison de vente concentrée entre avril et septembre — génère un besoin en fonds de roulement très lourd pour une jeune structure industrielle. Des projets de reprise restent toutefois à l’étude jusqu’au 15 septembre.
Reebike, disparu quelques semaines plus tôt
Onze jours avant VEBO, c’est Reebike qui avait connu le même sort. La société Ho Habelo, qui exploitait la marque, a été placée en liquidation judiciaire le 9 juillet 2026 par le tribunal de commerce de Clermont-Ferrand. Son approche différait légèrement : une roue avant intégrant directement moteur, batterie et électronique, avec un capteur de pédalage sans fil, déclinée en versions Urban et Explorer à batterie amovible. Le site officiel de la marque est désormais fermé, tout comme son service après-vente.
Un segment encore fragile face au VAE neuf
Ces deux disparitions ne sont pas isolées : le spécialiste britannique des kits d’électrification Swytch a lui aussi récemment fait état de difficultés mettant en jeu sa survie. Le constat qui se dégage est le même pour tous ces acteurs : convaincre un particulier d’investir plusieurs centaines d’euros dans un kit de conversion reste un pari commercial difficile, face à des vélos à assistance électrique neufs proposés à des prix de plus en plus agressifs. Le marché du retrofit peine encore à trouver sa place dans un écosystème historiquement structuré autour du vélo neuf, avec en plus un cadre réglementaire jugé complexe par les acteurs du secteur.
Ce qu’il faut retenir
L’échec commercial de ces jeunes entreprises ne doit pas occulter leur pari industriel : fabrication française, éco-conception, réparabilité. Mais dans une industrie où les volumes conditionnent la survie, la difficulté à changer d’échelle rapidement continue de fragiliser les acteurs les plus innovants du secteur — un signal à suivre de près pour les professionnels de la filière électrification et retrofit.



















