Le 11 août 2026, le tribunal d’Amsterdam a officiellement prononcé la faillite du groupe Accell, l’un des plus grands acteurs de l’industrie européenne du cycle. Six sociétés néerlandaises du groupe ont été déclarées en faillite le même jour. Dans son portefeuille : Raleigh, Batavus, Koga, Sparta, Babboe, et surtout, côté français, Lapierre.
Lapierre, victime directe de la chute d’Accell
La conséquence est directe et brutale. Cycles Lapierre, à Dijon, a dû solliciter son propre redressement judiciaire dès le 5 août, quelques jours avant la chute officielle de sa maison mère. La marque bourguignonne, qui affiche 99 millions d’euros de chiffre d’affaires et revendique 80 ans d’histoire, s’est retrouvée sans actionnaire du jour au lendemain. 106 emplois sont directement concernés sur le site dijonnais. Une audience décisive est fixée au 25 août devant le tribunal de commerce de Dijon, où l’arrivée éventuelle d’un investisseur déterminera la suite.
L’Allemagne également touchée
Lapierre n’est pas un cas isolé dans la chute d’Accell : en Allemagne, les marques Haibike, Ghost et Winora, elles aussi filiales du groupe, ont été placées sous administration judiciaire. C’est tout un pan de la production européenne de vélos qui se retrouve suspendu aux décisions des tribunaux dans les prochaines semaines.
352 entreprises du cycle devant les tribunaux en deux ans
Ce dossier s’inscrit dans un mouvement plus large. Un recensement récent, mené jugement par jugement entre août 2024 et août 2026, dénombre 352 entreprises du secteur du cycle passées devant un tribunal de commerce en France, réparties dans 81 départements. Trois quarts sont des magasins — une structure qui n’a rien d’exceptionnel, les boutiques ayant toujours représenté l’essentiel des défaillances du secteur, bonnes années comme mauvaises. Mais sur ces 352 dossiers, une quinzaine seulement débouchent sur un rétablissement : dans l’immense majorité des cas, le redressement judiciaire précède la liquidation.
D’autres marques déjà fragilisées ces derniers mois
D’autres noms bien identifiés du secteur ont connu le même parcours ces derniers mois. Le réseau Cyclable, spécialiste du vélo urbain et électrique, a été placé en redressement judiciaire début avril 2026, avec liquidation immédiate de son antenne grenobloise. Le fabricant tourangeau Starway, positionné sur le vélo à assistance électrique, avait déjà connu un redressement dès décembre 2025. Cyfac, placé en sauvegarde judiciaire en octobre 2025 puis en liquidation en mars 2026, a in extremis trouvé un repreneur avec CMT Bike, sauvant une partie de l’activité et des emplois. Plus récemment, la start-up lilloise VEBO, spécialisée dans l’électrification de vélos, a été placée en liquidation judiciaire le 20 juillet 2026.
Un record de faillites, à nuancer
L’année 2025 a été marquée par un record de 201 faillites dans le secteur du vélo en France, du jamais-vu depuis 2008. Un chiffre qui interpelle, mais qu’il faut nuancer : rapporté à la taille du secteur, qui a connu une bulle de créations d’entreprises entre 2019 et 2021 (jusqu’à 661 créations en une seule année, contre 174 en moyenne avant 2019), le taux de défaillance n’a pas fondamentalement augmenté. Début août 2026, le compteur de faillites de l’année en cours se situait même très légèrement en dessous de celui de 2025 à la même période.
Ce qu’il faut retenir
Le sur-effectif d’acteurs entrés sur un marché en expansion rapide, suivi d’une contraction de la demande, explique en grande partie cet ajustement. Reste que pour les professionnels du secteur — techniciens, vendeurs, mécaniciens — la vigilance est de mise, notamment au moment de choisir un employeur ou une marque à représenter. L’issue du dossier Lapierre, très suivie dans toute la filière, sera un indicateur clé de la capacité du secteur à absorber le choc Accell dans les semaines à venir.



















